Se relever et se réinventer

Non je ne suis pas morte pourtant j’aurais pu. J’ai fait une bonne rechute niveau dépression et anxiété. Déjà en mai je recommençais tout doucement à sombrer dans le néant. Mon boulot qui me maintenait la tête hors de l’eau depuis novembre 2019 est devenu une source de souffrance et d’angoisses. J’y ai mis trop de sentiment, trop d’espoir. J’ai tout donné et n’ai reçu que des miettes en retour. La désillusion était totale et destructrice.

Mon petit chat décédé et les circonstances de sa mort sont revenus à ma mémoire et se sont transformés en obsession. J’ai réalisé que je n’avais pas fait mon deuil. Je n’avais rien digéré de cet événement tragique. Je l’avais juste enfoui dans un coin de mon cerveau, et ce dernier l’a ressorti quand j’ai commencé à avoir assez de temps pour pouvoir gamberger.

Il y a 3 ans j’ai passé un mois en hôpital psychiatrique. Juste avant ma sortie, la psychiatre en charge de mon cas m’avait prévenu : « Ne touchez plus à l’alcool et à la drogue sinon c’est la rechute assurée. » Je ne l’ai pas écouté. Je me croyais plus forte. J’étais dans le déni. Mon cerveau m’a rappelé à l’ordre cet été.

Pendant 4 mois je n’avais plus goût à rien. Plus d’envie. Plus d’intérêt. Je ne faisais que pleurer et dormir. Je n’arrivais plus à parler, à sortir, à voir des gens. J’étais vide, creuse, morte de l’intérieur. Les actualités me confortaient dans l’idée que tout était pourri et sans espoir. J’étais incapable de me raccrocher à quoi que ce soit. Les deux seules choses qui me retenaient de me foutre en l’air c’était la relation avec mon amoureux et mon petit frère.

Au fil des mois les envies suicidaires devenaient quotidiennes. Je voyais mon entourage souffrir de mon état contre lequel je ne parvenais à lutter. J’avais l’impression de revivre les années les plus sombres de ma vie. Comme si j’étais retournée en arrière, avant mon hospitalisation.

Quand j’ai expliqué à ma psychiatre ce que je vivais elle a décidé d’augmenter mon traitement contre la dépression. Ce qu’il y a de vicieux avec les antidépresseurs c’est qu’il faut entre 2 semaines et un peu plus d’un mois pour voir les effets positifs. Pendant cette période on a la sensation de patauger dans un marécage, quand les symptômes de la dépression ne sont pas multipliés.

En attendant que mon traitement fasse effet j’ai arrêté le cannabis de « dealer » pour me mettre au CBD. J’ai arrêté l’alcool aussi et je me suis mise au yoga. J’ai banni les livres trop négatifs avec des histoires glauques, morbides et tragiques. J’ai beaucoup joué à Zelda Breath of the Wild, et regardé beaucoup de vidéos à propos de la dépression sur Youtube. Tout doucement j’ai réussi à trouver assez de force pour chercher du taf à temps complet pour quitter mon CDI de 7h.

Mi-août la lumière a commencé à faire son retour mais j’avais encore beaucoup de mal à avoir l’esprit tranquille et le coeur léger. J’ai envoyé deux candidatures ; l’une à un magasin de la grande distribution spécialisée en décoration intérieure, l’autre à l’hypermarché à 10 minutes à pied de chez ma mère. Pour les deux j’ai eu un entretien mais c’est l’hypermarché qui a décidé de me donner ma chance. S’en est suivi une course contre la montre pour poser ma démission et négocier une dispense de préavis.

Les deux premières semaines de septembre ont été difficiles. Je devais jongler entre les corvées administratives, mon nouveau boulot, mes rendez-vous médicaux, les baisses de moral de ma mère, les problèmes de famille. Il a aussi fallut que j’adapte mon rythme de vie car fais du 5h-11h du matin du lundi au samedi. Mais j’ai réussi et maintenant je peux dire que je me sens bien.

Si vous avez une maladie mentale ou des proches qui en ont une, surtout faîtes attention à vous et à elleux. Restez toujours vigilant-e-s. Prenez soin de vous et d’elleux. Ne restez pas seul-e-s. Demandez de l’aide. Accrochez-vous. Je ne sais que trop bien à quel point on peut se sentir perdu-e, coincé-e, à bout. Mais la vie vaut le coup qu’on se batte, juste pour pouvoir inspirer les autres, leur donner l’élan de se relever et de se réinventer.

Gris infini

Les six premiers mois de l’année sont déjà passés. Avec la pandémie 2020 semble mise entre parenthèses.

Depuis plus d’un mois je suis plongée dans un étrange état. J’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Je parle peu et j’écoute beaucoup.

Certains évoquent un nouveau monde après le covid-19. Je ne comprends pas ce qu’ils entendent par là.

Pour l’instant je ne vois que des dirigeants qui s’accrochent à ce qu’ils connaissent. Les inégalités se creusent. Les crises s’enchaînent ; sanitaires, économiques, sociales. Le racisme et les injustices sont plus visibles que jamais.

J’aimerais me tromper. J’aimerais m’accrocher à l’idée d’un futur plus doux mais je n’y arrive pas. Face à la situation actuelle je me sens désemparée.

Malgré moi je n’ai plus la force, le besoin et l’envie de gueuler, de lutter, de m’engager, d’exposer mes convictions, de débattre à tout va.

Je me sens vide et faible.

D’abord j’ai eu peur que mes capacités intellectuelles aient pris un coup dans l’aile pendant le confinement. Que ces semaines sans échanger à l’oral m’avaient laissé mutique.

J’ai aussi cru à un retour vicieux de ma dépression. Pourtant j’ai beau sondé mon âme et mon coeur je n’y trouve ni souffrance ni angoisse.

Est-ce que j’ai envie de mourir ? Non pas plus que ça mais si je devais être frappé par la faucheuse avant l’heure je l’accepterai sans remord ni regret.

La guerre est finie. J’ai du mal à y croire. Comme un soldat qui a passé sa vie à combattre j’ai du mal à déposer les armes. Je n’ai jamais connu la paix et maintenant qu’elle s’impose à moi je ne sais comment me l’approprier.

Il s’agit de réapprendre à vivre. D’accepter de ne pas pouvoir tout contrôler et de se laisser porter par les événements. De découvrir qu’il est possible de ne pas être bien, de ne pas être mal, mais juste d’être.

Mad Max et l’opéra Garnier

Dans la nuit du 11 juin 2020

J’étais en Australie avec la meuf que je connais depuis le plus longtemps, Nini, pour voir Mimi ; la deuxième meuf que je connais depuis le plus longtemps (dans la réalité Mimi est revenue en France à l’annonce du confinement).

Nini et moi logions dans un palace qui ressemblait davantage à l’opéra Garnier qu’à un hôtel australien. Les plafonds faisaient 10 mètres de haut. Il y avait des dorures et des lustres en cristal partout. Les marches des immenses escaliers de marbre qui menaient aux chambres étaient recouvertes d’un tapis rouge qui semblait sans fin.

Nini et moi étions sur le départ. Nous devions rejoindre l’aéroport pour retourner en France.

Pour le séjour j’avais loué une voiture (oui j’avais de l’argent et le permis preuve que c’est bien un rêve), et c’est avec elle que je comptais nous emmener Nini et moi à l’aéroport.

Un gars de l’hôtel a rangé nos valises dans le coffre de la voiture et Nini et moi sommes parties pour l’aéroport.

Sans qu’on s’en rende compte on avait fini par se perdre et on était maintenant en plein désert. L’heure tournait et on paniquait de plus en plus à l’idée de rater notre avion. Quand soudain de grosses voitures noires style 4×4 ont débarqué de nulle part.

Nini et moi avons brièvement pensé leur demander de l’aide jusqu’à ce que les voitures arrivent à notre hauteur, que les vitres s’ouvrent et qu’on nous tirent dessus. J’ai démarré aussi vite que j’ai pu.

Une véritable course poursuite a démarré. J’étais en stress total et Nini encore plus. Certaines voitures essayaient de nous foncer dedans. D’autres passaient assez près de nous pour que je puisse voir que c’était une équipe de mecs blancs hyper musclés.

Nini n’arrêtait pas de demander qui étaient ces gars et qu’est-ce qu’on avait pu leur faire. Moi je répétais « j’sais pas » en me concentrant sur la route.

Finalement j’ai réussi à semer les mecs, ou peut-être qu’ils ont juste décidé de nous laisser tranquilles. J’ai stoppé le moteur de la voiture et regardé l’heure. Notre avion décollait dans 2h et nous étions en état de choc, perdues en plein désert.

Après avoir un peu retrouvé nos esprits nous avons décidé de rentrer un hôtel et de trouver une solution après une bonne nuit de sommeil.

Décrire les rêves

Parmi les nombreuses choses qui me fascinent il y a les rêves. Je ne parle pas des rêves conscients et éveillés qui consistent à imaginer la réalisation de nos souhaits. Non, ceux qui m’intéressent autant qu’ils m’intriguent ce sont les rêves qu’ont fait lorsqu’on dort.

Enfant je faisais beaucoup de cauchemars.Il était souvent question de la mort violente de mon entourage (ma famille, mes camarades ce classe). Je me souviens encore de certains mauvais rêves de mon enfance et je pense que je les oublierai difficilement.

Quand j’étais ado j’ai essayé de tenir un carnet de rêves. Je l’ai bien vite abandonné car je ne me rappelais presque jamais de mes rêves.

Détails d’un projet d’arts plastiques pour le bac (2010)

J’ai recommencé à rêver quand j’ai atterri en hôpital psychiatrique. Dès la première nuit, malgré le somnifère, mon inconscient s’est manifesté ; j’ai rêvé que j’étais avec tous les gens que je connaissais dans un genre de parc d’attraction couvert qui faisait aussi office de supermarché.

Depuis mon séjour en HP quand je me réveille je me souviens souvent de mes rêves. J’aime pouvoir réussir à les retranscrire dans un cahier. Ce petit exercice me permet de connaître un peu mieux mon subconscient et mon inconscient. Je peux aussi constater qu’il y a des thèmes, des personnes, des images qui reviennent au fil du temps.

Plus les années passent et plus mes rêves me fascinent et m’inspirent. Je pense même en utiliser quelques uns pour écrire un livre. Mais je me suis dit que ça pouvait aussi être cool de les partager ici sous forme de minis nouvelles.

Douceur au bord du Lot

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J’ai beau chercher je trouve très peu de souvenirs heureux de mon enfance. Les premières années de ma vie ne sont pas synonymes de tendresse et d’innocence. Pourtant dès que l’été approche des images et des sensations me reviennent.

J’ai 10 ans. Je suis en CM2 et je pars en classe verte pendant une semaine à Temple-sur-Lot. C’est la première fois que je vais voyager en groupe. Je ne suis jamais partie en colonie de vacances car j’avais trop peur de me retrouver avec des inconnu-e-s sans mes parents. Là je n’ai aucune appréhension. Mes meilleures amies sont avec moi. Je connais les autres enfants et j’aime bien ma maîtresse.

Pourquoi ce voyage m’a tellement marqué ? Pourquoi les souvenirs que j’en ai sont si doux ? Peut-être parce que pour la première fois de ma vie, je me suis sentie dans un environnement sûr, sans danger. J’ai pu être une enfant. Peut-être aussi parce que ce périple a convoqué tous mes sens, et ainsi imprimé dans ma cervelle le goût des petits bonheurs, des plaisirs simples.

Je me souviens…

Une bande de marmots en vadrouille au bord du Lot. Des rires, des chants, des cris, des pleurs, qui s’élèvent dans le ciel du lever au coucher du soleil.

Les garçons qui font exprès de rentrer dans les chambres des filles au moment de la douche. Les animateurs et les profs qui courent après les vilains garnements.

Tenter d’apprendre l’aviron, le canoë et le kayak. Être plus intéressée par les miroitements de l’eau que par les instructions de la monitrice.

Faire de longues promenades à vélo. Traverser les champs et les près en file indienne pour visiter une fabrique de pruneaux.

Se lever tôt.

Sentir la douceur des premiers rayons de soleil sur sa peau pendant qu’on marche jusqu’au jardin des nénuphars. S’émerveiller devant les couleurs, les formes et la diversité des plantes aquatiques.

Marcher plus ou au moins en rang deux par deux, sous le cagnard pour aller voir un apiculteur. Essayer de ne pas avoir peur des abeilles. Déguster toutes sortes de miel. Acheter quelques pots.

Visiter le symbole de la commune. La Commanderie des Templiers. Découvrir des salles toujours plus immenses et manger dans le restaurant aménagé au rez de chaussée.

Jouer au loto et au bingo le soir.

Avoir le droit d’aller à la petite fête foraine du village. Filer d’attraction en attraction pendant que le ciel se teinte de mauve. Et rentrer avec nos trophées quand les étoiles commencent à scintiller.

Papoter longuement dans la nuit. Faire rire les copines un peu trop fort et voir débarquer une animatrice furax dans la chambre.

Organiser une boum comme dans les séries américaines. Danser sur « DJ » de Diam’s et redouter le moment des slows. Se prendre et être pris en photos avec les copines.

Rire et chanter encore et encore.

Envoyer et recevoir du courrier. Se rendre compte pour certains que leurs parents ne leur manquent pas autant qu’ils l’auraient imaginé.

Le dernier soir, regarder Astérix et Obélix Mission Cléopâtre, projeté sur le mur en pierre d’une des salles de la commanderie.

Repartir un jour de grisaille. Le seul pendant le séjour. Remonter dans le car pour 8h de route. La tristesse dans les regards et des souvenirs pleins la mémoire.

Le débardeur et le pantalon noirs

Back from the dead – House of pain

Aujourd’hui comme souvent, je porte la même tenue que j’avais quand j’ai atterri d’urgence en hôpital psychiatrique. Un débardeur noir moulant et un pantalon noir, léger et fluide avec des poches. C’est une tenue très simple, décontractée, confortable, et une de mes préférées. J’aurais pu la détester, en avoir peur, ne plus jamais la porter car elle était susceptible de me rappeler l’épisode le plus dur  de ma vie. Ce n’est pas le cas, au contraire.

Je ne suis pas du genre à fuir devant le passé et la souffrance, encore plus si je suis concernée. J’ai appris à affronter les démons et fantômes à grands coups de psychothérapie, de lecture et d’expérimentation.

Mon débardeur et mon pantalon noirs sont pour moi un cocon, une armure, et la prolongation de ma personnalité. C’est ma tenue de guerrière tranquille. Celle qui me suit partout. Celle qui, dans les moments les plus difficiles, me donne la force de continuer en me rappelant ce que j’ai déjà enduré. Quand je porte cette tenue je me sens libre, puissante, prête à vivre toutes les aventures possibles. Je me sens entière, à la fois forte et faible.

Un uniforme malgré moi

Mon séjour d’un mois en hôpital psy en juillet 2017 est l’événement le plus marquant que j’ai pu vivre, pour l’instant. J’en parlerai sûrement jusqu’à ma mort. Même écrire un livre à propos de cette époque ne suffirait pas à retranscrire la totalité de ce qui s’est gravé dans ma chair au cours de ce mois d’été.

J’ai porté mon débardeur et mon pantalon noirs pendant les trois premiers jours. J’avais été débarquée d’urgence un vendredi à 21h. Je n’avais rien sur moi si ce n’est mes clefs, mon porte-feuilles, mon téléphone, qui bien sûr me furent confisqués dès mon arrivée. Je n’eu le droit de garder que mon briquet, mes clopes, et ma sacoche (qui aurait pu constituer un objet dangereux si on y réfléchit bien mais bon).

En HP, le seul moyen d’avoir quelque chose (des fringues, de quoi vous laver, prendre soin de vous, et des clopes pour celles et ceux qui fument, le reste étant majoritairement interdit), c’est qu’on vous les ramène.

Dans l’établissement et le secteur où j’ai séjourné un mois, c’était à vous de demander à quelqu’un de venir vous apporter le nécessaire à votre survie et votre bien-être. Le seul moyen de les contacter était de demander au personnel soignant si on pouvait utiliser l’unique téléphone fixe mis à disposition des patient-e-s du secteur. Il fallait convenir d’un jour et d’un horaire précis et en informer le personnel soignant. Or pour pouvoir accéder au saint droit de l’appel téléphonique, il faut avoir l’autorisation de votre psychiatre référent-e.

Si vous avez déjà fait un séjour en HP ou lu des témoignages de patient-e-s, vous savez que tout dépend de l’avis du psychiatre en charge de votre cas. Des médicaments que vous gobez au droit d’utiliser le téléphone, de sortir, de voir telle ou telle personne, de participer aux activités, d’avoir des permissions, de sortir définitivement. Tout passe par votre psychiatre. Le sort de votre semaine est décidé chaque lundi, si vous arrivez à voir votre psychiatre. Le cas échéant il faut attendre le lundi suivant pour savoir de quoi sera fait votre futur proche (vraiment tip top quand on se traîne un trouble anxieux généralisé (TAG pour les intimes), qui peut aller jusqu’à la paranoïa et frôler la psychose).

Bien sûr, aucun médecin n’est présent les samedis et dimanches. Moi qui était arrivée à l’arrache un vendredi soir je devais donc attendre jusqu’à lundi matin pour voir la psychiatre (car en l’occurrence c’était une meuf) qui s’occuperait de moi. Après m’avoir causé elle jugerait de mon état, puis elle choisirait de m’autoriser à porter mes vêtements (donc à passer des appels et voir vitef des gens aussi), ou de m’obliger à porter LE pyjama de patient-e d’HP (et là adieu appels, adieu gens et bien plus).

En gros, si dès votre arrivée puis lors de votre premier entretien avec le/la psychiatre vous montrez que vous êtes calme, que vous comprenez la situation, que vous reconnaissez qu’on a bien fait de vous mettre ici pour un moment, que vous ne manifestez pas votre envie de sortir mais qu’en même temps vous êtes résolu à aller mieux, vous aurez le droit à vos vêtements, appels, gens ; et plus vous aurez de chance de sortir vite. Plus vous vous écarterez de cette conduite, plus vous risquez de voir vos droits diminuer et vos doses de médocs augmenter.

En attendant que je vois la psychiatre, les infirmiers et infirmières m’ont laissé porter mes vêtements avec lesquels j’étais arrivée ; je lavais mes sous-vêtements et chaussettes chaque soir avec le savon fourni par l’hôpital psy. J’étais tellement affaiblie, amorphe, flippée, paumée, à l’agonie que je ne risquais pas d’essayer de m’échapper. Je ne montrais aucune véhémence, aucune agressivité, aucune résistance. D’abord parce que j’étais comme zombifiée, ensuite parce que j’avais lu trop de témoignages et d’autobiographies de personnes ayant séjourné en HP pour ne pas connaître la marche à suivre pour en sortir ; ou au moins vivre ce séjour le moins mal possible.

Règles, ligne rouge et isolement

Il y a des règles non-dites en HP et en même temps connues par tout le monde. Il faut rester sage mais pas trop, souriant-e mais pas trop, social-e mais pas trop. Montrer qu’on veut s’en sortir sans que cela tourne à l’obsession. Sans demander constamment quand est-ce qu’on pourra sortir définitivement. Ne pas penser à la sortie tout en gardant à l’esprit que c’est l’objectif ultime. Sympathiser avec les autres mais garder une certaine distance émotionnelle et physique. Ne pas leur montrer si jamais ils/elles nous font peur ou qu’on n’est pas d’accord avec elles/eux. Rester dans un flou concret. Garder l’équilibre sur un fil équilibre. Tout ça alors qu’on a le cerveau et le corps blessés, fragmentés, en vrac.

La ligne rouge c’est l’agressivité, la violence, qu’elle soit verbale ou physique, enfin faut bien avouer que l’agression physique entraîne tout de suite la pire sanction : l’isolement. En quoi ça consiste ? On vous attache les poignets et les chevilles avec des sangles sur un lit fixé au sol d’une pièce avec douche et WC sans paroi qui créerait une intimité. On ferme la porte (souvent blindée) à double tour et on vous laisse là, le temps que vous vous calmiez. Si vous avez envie d’uriner ou plus il faut gueuler pour qu’on vienne vous enlever les sangles. Vous êtes obligé de faire vos besoins devant le personnel soignant. Si on vous entends pas beh vous vous pissez/chiez dessus et vous continuer d’attendre.

Avant de se retrouver à l’isolement, on peut passer par la camisole chimique (grosses doses sa race de divers calmants), au pyjama, ou à l’isolement dans sa chambre si on ne la partage pas.

Durant mon séjour en HP je n’ai jamais été à l’isolement car j’étais soit trop shootée soit trop maligne, pourtant qu’est-ce que j’avais envie de gueuler/de m’évader/de niquer des gueules. Une seule patiente du secteur où j’étais a fait quelques jours d’isolement sans trop mal le vivre. Il faut dire que le secteur où j’étais était relativement calme car pas surchargé comparé aux deux autres de l’établissement.

Juste pour rappel, en hôpital psy public les patient-e-s sont regroupé-e-s en secteurs/services en fonction de leur lieu de résidence et non de leur pathologies ; d’où le bordel que ça peut-être.

Mon service était si tranquille que les chambres d’isolement étaient la plupart du temps occupées par les patient-e-s des autres services. Ces derniers étaient complètement débordés. J’entendais les cris, les pleurs, les coups dans les portes presque chaque jour. Plusieurs nuits j’ai été réveillée par des hurlements, des plaintes, des tambourinages de portes, de murs. Parfois le personnel soignant était même obligé d’intervenir pour calmer la personne en isolement à coups de médocs, de piqûres et permettent aux autres patient-e-s de dormir.

Freak et fière

Trois ans après mon séjour en HP et ma sortie, je me sens plus épanouie que jamais. Je garde en moi cette cicatrice invisible que possèdent toutes les personnes passées par l’enferment thérapeutique. Cette marque faîte au fer rouge qui rappelle que la société a jugé bon de nous enfermer pour notre sécurité et celle d’autrui. Cette trace que seuls nos semblables peuvent voir et que moi j’ai décidé de représenter sous la forme d’une pieuvre sur le haut de mon bras droit.

Quand la maladie tente de reprendre le contrôle et qu’elle m’inonde d’angoisses, de regrets, de culpabilités et d’envies suicidaires, je me souviens de mon état pitoyable, presque désespéré, à mille lieux de celui actuel, même lorsqu’il connaît des perturbations. Je me souviens que je m’en suis sortie, de mon mal-être, de mes erreurs, du néant, de l’influence toxique de mes ancêtres, de l’hôpital psychiatrique. Alors je me relève, je revêts mon débardeur et mon pantalon noir, regarde ma pieuvre, et je repars de plus belle.

Concernant le confinement

light in the darkJe ne sais pas si, comme le jour du 11 septembre 2001, chacun-e se souvient de ce qu’il/elle faisait, où est-ce qu’il/elle était quand Monsieur Macron a annoncé le confinement national jusqu’à nouvel ordre. Moi je m’en souviens. Je venais de faire mon 2e samedi avec mon ami et notre pote. On s’était posé dans son petit studio d’étudiante après avoir acheté des bières, des pizzas et des chips. On discutait de notre journée de boulot quand j’ai reçu plusieurs sms de mes cheffes de la Kefna. Elles m’expliquaient que le magasin serait fermé dès demain. C’était une décision du gouvernement français. Mes potes et moi avons allumé la télé et là nous avons vu les news.

Personnellement, à part que je ne peux pas sortir quand je veux pour faire ce que je veux, ce confinement ne m’insupporte pas outre mesure. J’apprécie que les rues soient désertes ou presque et que la nature ait quelques instants de répit. J’aime entendre davantage les oiseaux chanter et moins d’avions, de voitures passer. Bon après faut bien avouer qu’avoir travaillé pendant les trois premières semaines du confinement fait que je suis en décalage par rapport à la plupart des gens.

Bien sûr je suis consciente que je fais partie des privilégié-e-s. Certes je n’ai pas de logement, d’endroit à moi mais j’ai la chance de ne pas être seule, d’avoir une vue sur les arbres, le ciel, l’horizon. Mes proches sont à l’abri. Ni moi, ni eux ne sommes confinés avec des gens toxiques, violents, malveillants. Ni moi ni eux ne sommes atteints de maladie(s) grave(s). Enfin moi je me traîne toujours ma dépression et mon anxiété généralisées mais elles sont aujourd’hui bien stabilisées. Par contre si le covid 19 avait débarqué à la même époque il y 3 ans, quand il a fallut m’envoyer d’urgence en hôpital psychiatrique, j’aurais moins fait la maligne.

Quand le confinement a été déclenché je n’ai pas pensé aux soignants en premier. J’ai pensé aux gens enfermés en hôpital psy et en prison, puis aux sans-abri. J’ai rapidement compris qu’un virus mortel ne ferait pas changer le système capitaliste et le cynisme politique qui régissent notre monde. J’ai vite su qu’encore une fois c’étaient celles et ceux qui n’avaient pas grand chose voire rien qui allaient trinquer en premier. Le virus et le confinement ne font qu’accentuer et révéler les inégalités.

Pendant longtemps j’ai absorbé la souffrance d’autrui, la misère du monde, la violence globale. Je l’absorbais et je me révoltais contre mais je ne faisais que saigner, vomir et m’enfoncer en enfer. Je culpabilisais de réussir à sourire alors que des femmes étaient tuées par leur conjoint, des enfants violés, abandonnés, torturés, des gens affamés, des guerres avaient lieu, des catastrophes écologiques s’enchaînaient. M’en vouloir car j’essaie d’être heureuse dans un monde cruel, voilà une des racines de ma dépression.

Avec ce virus, ce confinement et tout ce qui en découle je pourrais rebasculer et laisser la partie malade de mon cerveau reprendre le gouvernail. Mais déjà il en est hors de question, ensuite j’ai bien progressé depuis mon séjour en hôpital psy.

Après la mort de mon chat, j’ai découvert une certaine façon de penser que j’avais toujours eu au fond de moi mais que je n’osais (me) révéler, et que je développe maintenant au quotidien. Je l’appelle la philosophie du néant. Un article y sera entièrement consacré mais, dans les grandes lignes cela consiste à être conscient-e que nous vivons dans un monde horrible où les pires tragédies et abominations existent, et malgré cette cruauté, cette injustice, savoir aussi que la vie mérite d’être vécue juste pour observer les étoiles, contempler un coucher de soleil, regarder les cerisiers fleurir. C’est un mélange de cynisme et d’espoir.

Des millions de gens vont crever à cause de virus, directement ou non. Les gouvernements et les géants de la finance feront tout pour continuer à faire vivre l’économie. La planète n’ira pas mieux après le confinement, il est même possible que tout soit pire. Et ensuite ? Le futur est incertain, l’avenir n’est pas écrit. Alors oui, de ma petite position de privilégiée qui a vécu l’incertitude, la peur, la souffrance seule au quotidien pendant des années, incomprise de la plupart, mais qui à présent est debout, j’ose le cynisme.

smoke that shit

J’ai passé 25 ans à douter de moi, de ce que je ressentais, de l’avenir. J’ai cru que j’étais condamnée à vivre avec mon mal-être et l’ivresse comme seuls compagnons. Ce n’était pas le cas. Pour cette raison je refuse qu’une pandémie et ses conséquences impactent mon moral. Je refuse de me laisser aller au pessimisme et au désespoir.

La mort de mon chat a sûrement anesthésié certaines parties de mon quotient émotionnel. La mort ayant fauché brutalement l’un des êtres que j’aimais le plus au monde, j’ai pris un certain recul avec la vie. Je considère que chaque instant mérite d’être vécu pleinement. Je suis encore plus exigeante avec les gens et n’ai aucune pitié face à des personnes que je juge trop dépourvues de culture, d’esprit, de finesse. Cela vous paraît trop élitiste ? Mais qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse puisque j’ai décidé de vivre ma vie comme je le souhaitais et non plus d’être un exemple de perfection morale.

La vie est précieuse. Prenez en soin en prenant soin de vous, de ceux qui vous aime et de la nature. Si vous le pouvez, profitez de ce confinement pour cultiver votre jardin intérieur au lieu d’envier celui du voisin. Appréciez d’être en vie. Prenez ce temps comme un cadeau, une opportunité, une leçon. Une façon d’apprendre à mieux nous connaître et à nous remettre en question. Une pause imposée pour nous poser et réfléchir à nos actes, nos liens, nos envies, nos besoins.

J’ai travaillé dans la grande distribution pendant le confinement et c’était l’horreur

Depuis le 15 mars, la France comme d’autres pays du monde a décrété le confinement général. Tout est fermé. Tout le monde au chômage partiel et/ou en télétravail. Sont encore en activité : les casernes de pompiers, de gendarmes, les commissariats, les pharmacies, certaines banques, certains bureaux de poste, les commerces de produits alimentaires et bien sûr les hôpitaux, plus certaines entreprises de nettoyage/ménage. Les transports sont également encore encore en fonction mais sont très réduits.

Il est interdit de se déplacer sans une autorisation de sortie. Cette dernière n’est valable que pour aller travailler, se soigner, acheter des produits de première nécessité ou pratiquer une activité sportive seul-e.  Toute personne enfreignant cette loi est passible d’une amende de 138 euros. Evidemment s’il y a récidive l’amende augmente et au-delà d’un certain nombre de récidives il peut être question de prison.

Pourquoi de telles mesures ? La faute à un virus mortel très contagieux contre lequel on ne peut rien faire. Aucun vaccin n’existe à ce jour contre le désormais très célèbre Covid-19, une des formes du Corona virus.

L’épidémie a débuté dans une province chinoise en décembre 2019. Le virus a atteint l’Italie en janvier 2020 avant de contaminer l’ensemble de l’Europe en mars. Actuellement il sévit un peu partout dans le monde, y compris aux États-Unis. Environ 3 milliards d’êtres humains sont confinés.

Jusqu’au 4 avril je ne faisais pas partie des gens confinés mais de ceux qui continuent à faire tourner le pays. J’étais employée de magasin dans un hypermarché d’une enseigne française bien connue. Vous savez, celle qui a pour logo un oiseau rouge.

confinement jour 3

La zone commerciale où je travaillais le soir du 3e jour de confinement.

Fin février un de mes potes avait transmis ma candidature à son chef. Ce dernier m’a très rapidement contacté et fait passer un entretien. Quelques jours plus tard je signais un contrat pour travailler à temps partiel (le mercredi et le samedi), au rayon surgelés ; le même que mon pote. En parallèle je continuais à travailler à la Kefna uniquement le dimanche mais en CDI.

Avant le début du confinement, je sentais déjà que la grande distribution et moi ça n’allait pas le faire. J’étais à peine arrivée qu’on voulait que je sache comment tout fonctionnait, où allait chaque fois. Je devais être productive comme quelqu’un en place depuis plusieurs mois alors que j’avais débarqué il y a à peine une semaine.

Je n’avais personne pour me guider, personne pour me manager, personne pour me former correctement à l’utilisation des tire-palettes électriques ; engins très pratiques puisqu’ils permettent de déplacer facilement des palettes pesant près d’une tonne. Heureusement le samedi je travaillais avec mon ami et une autre pote à nous. L’ambiance était alors plus cool, le travail plus simple et agréable. Mais le mercredi je me sentais très seule, paumée et rapidement épuisée.

Le confinement est arrivé. Deux jours plus tard mon ami et collègue me demandait si je ne pouvais pas venir en renfort l’aider car il ne s’en sortirait pas seul. En 5 ans de boulot à temps complet il n’a jamais vu ça. Les palettes d’arrivage sont plus importantes qu’à Noël.

Le lendemain je débarque à l’hypermarché vers 11h. Mon ami y est depuis 9h et il semble vraiment mal en point. Nous prenons notre pause déjeuner à 13h30. Lui qui est un gros mangeur ne touche pas à son assiette de frites. Il est encore plus pâle que d’habitude, il tousse, a de la fièvre, mal au crâne. Je lui file un gramme de paracétamol et lui ordonne de rentrer chez lui. Il n’insiste pas. J’en informe notre chef et le DRH qui semblent n’en avoir rien à secouer.

Deux jours passent. Mon ami et collègue n’est toujours pas de retour. Il va un peu mieux mais n’arrive pas à avoir de médecin pour obtenir un certificat médical et la confirmation qu’il n’a pas le virus. Quand il décrit ses symptômes aux médecins par téléphone aucun ne veut le prendre et le SAMU est surchargé.

Au boulot, les personnes à risques sont mises au chômage partiel. C’est le cas de mon chef, celui qui m’a engagé. Mon nouveau référant hiérarchique est le chef du rayon crèmerie. Le genre de personne qui met mal à l’aise tellement elle est lunatique, insondable, fragmentée.

Le petit chef me demande de faire 34h au lieu de 14h ; 34h et pas 35h comme ça je ne suis pas à temps complet, pas besoin de refaire le contrat, pas d’avantages supplémentaires pour moi, en plus ma période d’essai est de 2 mois, bref le bénéfice est grand pour l’enseigne. Je comprends qu’en vrai je ne peux pas refuser et puis si jamais ça va pas au pire je serais virée, ce qui ne me dérange pas plus que ça.

Il ne me faudra pas plus de 72h pour déchanter… Chaque jour c’est la même rengaine. Que je commence à 9h30 ou à 12h30 il y a toujours une longue file d’attente devant le magasin. Dans les rayons les gens remplissent leurs caddies à ras bord. Certains prennent un caddie juste pour y entasser des packs d’eau, de lait, d’huile, de papier toilette, de chips. Le rayon des pâtes est constamment vide depuis le 15 mars, les collègues chargés d s’en occuper ont décidé de laisser tomber la mise en rayon. Maintenant ils ouvrent juste les cartons et les clients piochent dedans.

De mon côté au rayon surgelés, les gens se ruent sur les frites, les steaks hachés, les cordons bleus, les nuggets, les pizzas, le poisson pané, les glaces. On voit que les gosses sont à la maison. J’ai à peine le temps de mettre les produits en rayon qu’ils sont déjà pris d’assaut.

 

Mettre en rayon des produits est déjà pénible à la base. C’est un travail répétitif, fatigant, abrutissant. Mais avec le confinement c’est carrément infernal. Les palettes d’arrivages sont chaque jour plus imposantes et plus nombreuses.

Je dois tout gérer toute seule et bien sûr je me retrouve vite submergée. Plutôt que de m’aider le petit chef préfère me gueuler dessus et me dire que je fais de la merde. Je fais mon possible pour ne pas le remettre à sa place mais avec le stress et la fatigue j’ai du mal à me contenir.

Si les chefs sont stressants et agressifs les clients ne le sont pas moins. Quelques uns sont tellement paranos qu’ils nous regardent comme des pestiférés. D’autres ont l’air de s’en foutre complètement. Ils ignorent totalement le message que nous diffusons en boucle : « Pour la sécurité de tous veuillez respecter 1m50 de distance entre chacun lors de vos achats en rayon et de votre passage en caisse. »

Tout le monde est à cran et les clients semblent oublier que nous sommes aussi des êtres humains. Certains s’énervent ou me font des remarques méprisantes quand je leur réponds que non je ne sais pas où se trouve la mascarpone/le tofu/les pots pour bébé. D’autres s’approchent vraiment trop près de moi tout ça pour me demander quelles sont les promos du moment. Bon sang nous sommes en pleine crise sanitaire, et tu viens me demander quelles sont les promos en cours ?!

Plusieurs fois j’ai hésité à appeler la sécurité car des clients étaient agressifs envers moi ; soit parce qu’il n’y avait plus les produits qu’ils voulaient, soit parce que je les empêchais d’accéder immédiatement au produit car j’étais en train de le mettre en rayon. Une fois on m’a même insulté parce qu’il n’y avait plus de frites et que j’ai osé répondre qu’au pire il y avait toujours des haricots verts.

Au bout de deux semaines de confinement nous étions de moins en moins d’employés en magasin. Les collègues avec des enfants en bas âge étaient parties les droits de retrait s’étaient multipliés. L’équipe du matin avait fini par passer de nuit pour éviter de côtoyer des clients. Tout ça accumulé engendrait une véritable désorganisation angoissante et épuisante.

Pendant que je charriais des palettes de produits surgelés, mon ami avait réussi à avoir un rdv médical par webcam. Le médecin lui avait fait un certificat et lui avait ordonné de rester confiné 14 jours (soit jusqu’au 2 avril).

Troisième semaine de confinement et il y a toujours autant de clients dans le magasin. Beaucoup reviennent plusieurs fois dans la semaine. Les caddies ne désemplissent pas. Se faufiler dans les rayons avec un tire-palette chargé de 500 kilos de surgelés devient vraiment périlleux.

Le petit chef ne cesse de rabattre les oreilles. Comme quoi je m’organise mal, que je fais n’importe quoi. Je lui explique que ça fait même pas un mois que je travaille en hypermarché, que j’ai personne pour m’aider, que je fatiguée et stressée par la situation actuelle. Il décide de me donner un jour de repos de plus. Je ne le sais pas encore mais cela servira comme prétexte pour rompre mon contrat quelques jours plus tard.

 

Quand je reviens de mon jour de repos je me sens un peu mieux mais toujours trop stressée pour être dans la compassion, l’empathie et la douceur. En vrai, je suis toujours fatiguée. Ce boulot pendant le confinement m’épuise physiquement, mentalement et moralement. L’inconscience, l’ignorance, l’irrespect des gens en cette période de crise sanitaire ne fait que réveiller mon cynisme. Surtout que les clients viennent de plus en plus protégés (masque, gants, lunettes), alors que nous, employé-e-s de la grande distribution nous n’avons rien ou presque pour contrer le virus.

Face à tout cet égoïsme, toute cette méchanceté et cette bêtise humaine ambiantes, mon côté misanthrope ressurgit. Comme si mon cerveau malade et mon âme meurtrie se sentaient à nouveau en danger et réactivaient de vieux mécanismes de défense. Car oui, bien que stabilisée je reste dépressive et atteinte d’un trouble anxieux généralisé. Or ce boulot couplé à l’ambiance angoissante actuelle rongent peu à peu mes efforts et mes progrès faits ces dernières années.

Je finis par me dire que me faire virer est la meilleure chose qui puisse m’arriver. Mon voeu est exaucé le samedi 4 avril. Dans l’après-midi le petit chef me demande de venir dans son bureau 15 min avant la fin de ma journée de taf. Je sais alors ce qui va se passer et je n’ai plus qu’une envie : quitter cet environnement toxique où chacun ne pense qu’à sa gueule (les clients comme les collègues).

Dans son bureau le petit chef m’explique que pour eux comme pour moi c’est mieux d’arrêter maintenant. La grande distribution c’est pas fait pour moi, confinement ou pas, à un moment je vais péter un câble. Ce qui est loin d’être faux. Je signe ce qu’il y a signer et je m’en vais avec un sentiment de puissance et de liberté. J’ai un peu de mal à réaliser ce qu’il vient de se passer, ce que je viens de vivre.

J’ai l’impression d’avoir oublié beaucoup de choses de cette expérience, comme si mon cerveau avait été lessivé, drainé. D’ailleurs la première nuit après mon renvoi, j’ai dormi 12h et le lendemain j’ai enchaîné avec une sieste l’après-midi. J’avais mal partout et je me demandais si mes courbatures étaient dû au travail ou au covid 19. En tout cas j’étais très contente et soulagée de ne plus travailler. Mes proches aussi étaient rassurés de savoir que je n’étais plus exposée quotidiennement à une foule de gens.

Les enseignes de la grande distribution, dont celle pour qui j’ai travaillé prévoient de filer une prime de 1000 euros à chaque employé qui a bossé pendant le confinement. Moi je ne l’aurai pas, car j’étais en période d’essai et que je n’ai pas tenu un mois.

Aujourd’hui ça fait une semaine que j’ai été virée et je ne me suis jamais sentie aussi bien depuis le début du confinement. Je me sens zen, apaisée, légère. Je prends soin de moi, je dessine, je lis, j’écris, je plantes des fleurs et des herbes aromatiques, mais surtout je me repose. Je n’ai aucun regret et je pense que je ne retravaillerais plus jamais dans la grande distribution, confinement ou pas.

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Regarder le ciel. Une activité qui m’a toujours aidé.

Mon ami a fait son retour au boulot 5 jours après ma rupture de contrat. Au bout d’une seule journée de taf il en avait marre. Le lendemain il m’a même avoué qu’à la fin du confinement il chercherait à travailler ailleurs, dans un domaine moins malsain.

Pour conclure je ne peux que vous conseiller d’éviter de travailler dans la grande distribution. Bien sûr, je sais que certain-e-s y sont contraint-e-s par précarité. C’est aussi ce qui me fout la haine avec cette crise sanitaire et ce confinement. Les plus riches sont à l’abri pendant que les plus pauvres triment pour faire tourner le pays, que ce soit par obligation professionnelle et/ou financière. Ce sont encore et toujours les mêmes qui trinquent. Ceux sur qui les flics balançaient des lacrymos sont les mêmes qu’ont applaudi chaque soir à 20h ou qu’on remercie vite fait dans un tweet ou un statut Facebook.

Mon témoignage part dans tous les sens mais j’avais vraiment envie de poser des mots sur ce que j’ai vécu ces dernières semaines. Une des choses qui m’a le plus motivé à le faire ce sont les vidéos d’Antipatriarcame. La dame est graphiste mais son activité ne lui permet pas encore de survivre. Pour subvenir à ses besoins elle travaille au rayon boulangerie dans un magasin d’une célèbre enseigne de distribution discount. Sur Youtube elle raconte son quotidien au magasin durant le confinement.

Je vous invite à aller regarder les vidéos d’Antipatriarcame qui décrit vraiment très bien ce qu’on ressent quand on travaille en magasin pendant la crise sanitaire actuelle. Il y a quelques différences avec ce que j’ai pu vivre dû au fait qu’elle travaille dans un magasin relativement petit alors que je bossais dans un hypermarché. Mais globalement nos témoignages révèlent beaucoup de similarités ; les comportements des clients, le manque de protection, l’ambiance anxiogène, les supérieurs hiérarchiques absents.

Si vous aussi vous travaillez ou avez travaillé pendant le confinement, n’hésitez pas à me raconter en commentaire. J’envoie des tonnes d’amour, de soutien, et de good vibes au personnel soignant. J’espère que le gouvernement ne se contentera pas d’applaudir et qu’il filera la thune nécessaire mais ça c’est une autre histoire.

Witch, Please – Le grimoire de sorcellerie moderne de Jack Parker

Whisky, calumet de la paix et grimoire de sorcellerie moderne

Whisky, calumet de la paix et grimoire de sorcellerie moderne.

Fin octobre 2019 sortait Witch, Please, le 3e livre de Jack Parker aka Taous Merackchi. Après avoir levé le tabou sur les menstruations avec Le Grand Mystère des Règles, et décortiqué l’adolescence avec le recueil Lettres à l’ado que j’ai été, la jeune autrice s’attaque à la sorcellerie, pratique qu’elle maîtrise et qui lui tient à coeur depuis quelques années.

Tout d’abord il faut savoir que je suis fan de Jack Parker. Comme beaucoup de meufs de ma génération je l’ai découvert au lycée avec Madmoizelle. Ce web zine féminin était à l’époque plutôt intelligent, tourné vers le féminisme et les problématiques de genre, en plus de proposer les traditionnelles catégories « Mode » et « Beauté ». Depuis c’est un peu parti en cahuète mais c’est une autre histoire. Ce qu’il faut retenir c’est que Madmoizelle a été une porte d’entrée vers  le féminisme pour pas mal de petites francophones, et qu’il a eu le mérite de faire émerger des autrices atypiques à l’instar de Jack Parker. Pendant plusieurs années la jeune dame a fait partie de l’équipe de rédaction et fait ses armes à grands coups d’articles forts inspirants.

En parallèle à Madmoizelle, Jack Parker/Taous Merakchi a alimenté plusieurs blogs, sites et newsletter. Elle a notamment écrit à propos des films d’horreur (sa grande passion). Elle a également créée Mortel, une série de podcasts où elle décortique la mort. Je vous conseille très fortement d’aller l’écouter. Bref la dame est prolifique, même si elle se plaît à répéter qu’elle est une grosse feignasse.

Taous Merakchi a un style (et un parcours de vie) un peu atypique, un peu alternatif. Darkos, goth, légèrement grunge, la jeune femme est aussi imprégnée de spiritualité depuis son enfance. En effet, sa mère est une adopte de toutes sortes de rituels, et elle a transmis cette passion à sa fille. La jeune femme en faisait souvent part dans ses articles, sur son tumblr, lors d’émissions, au détour d’une interview. Elle y avait même consacré une newsletter, Witch Please (tiens tiens), pendant un temps. Moi j’attendais qu’elle en fasse un livre. Mon souhait fût réalisé l’automne dernier.

Malheureusement, pour moi la sortie de Witch, Please est et sera toujours associée à la mort de mon bébé chat. Je dis malheureusement mais je n’ai jamais cru au malheur comme au bonheur « pur ». Et depuis le décès de mon petit compagnon, je crois pertinemment qu’il existe du bon même dans le mauvais.

J’ai donc acheté le livre de Jack Parker dans des conditions très particulières. J’avais d’ailleurs réécouté Mortel trois jours après avoir amené le corps de mon chat au vétérinaire pour qu’il incinère le cadavre. En une semaine j’avais pleuré, géré le côté administratif, et passé un entretien. C’est juste après avoir rencontré ma future cheffe (mais ça je ne le savais pas encore), que j’ai acheté Witch, Please ; dans le magasin où j’allais travailler pendant plus de 3 mois. C’était le 4 novembre 2019 et depuis ce jour ma vie a changé.

J’étais chez mon père quand j’ai commencé ma lecture. J’ai tout de suite adhéré, était happé par les propos, le concept, l’esthétique, l’Histoire qui se dessinait derrière chaque page. C’était comme si je trouvais enfin ce que je cherchais depuis longtemps sans savoir que je le cherchais. Je me retrouvais moi, mes inspirations, mes influences, mes principes, ma philosophie.

Evidemment que je n’allais pas être objective. Je suis Jack Parker/Taous Merakchi depuis ses débuts ou presque. J’ai grandi avec sa plume. Je l’ai aussi vu changer, évoluer, se préciser. Son vécu, son parcours, ses mots, m’ont aidé à des moments clefs de mon adolescence et de ma vie de jeune adulte. Je la considère comme une de mes grandes soeurs spirituelles ; une de ces femmes qui m’a permis (sans qu’elles le sachent), de me reconnecter avec des traits essentiels de ma personnalité et ainsi, de (re)devenir ce que je suis vraiment, moi-même.

Dans son livre, Taous Merakchi présente d’abord la sorcellerie, comment elle la voit, comment elle se l’approprie, comment elle la pratique. L’écriture est fluide et agréable. On sent que la dame écrit depuis longtemps et qu’elle a fait de la radio.  L’autrice explique ensuite les bases de la sorcellerie ; qu’est-ce qu’un sort, comment créer et utiliser un mémoire, que faire lors des différents sabbats, à quel moment faut il mieux pratiquer tel rituel…

La plus grande partie du bouquin est consacré aux correspondances. Chaque fruit, fleur, plante, élément, planète, cristal, saison, animal, phase de lune, météo, épice, alcool, a ses significations, sa symbolique, ses bienfaits et « pouvoirs ». Par exemple, en sorcellerie, le lierre est associé au bannissement, à la conjuration, à la fertilité, la fidélité et la protection. On apprend également que le caillou symbolise l’ancrage et qu’il peut servir de charme contre l’anxiété ou de porte-bonheur. Il est donc conseillé d’en garder un dans sa poche lors des moments stressants.

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Autel improvisé.

Bien sûr, si on n’a pas au départ une sensibilité pour le symbolisme, le paganisme, la magie, ou les soins/remèdes maison c’est normal de rester hermétique à ce type de livres. C’est un sujet de niche il faut bien l’avouer. N’empêche qu’il m’intéresse énormément et qu’il me permet de rendre mon quotidien plus doux. Oui je peux paraître bizarre à mettre des bougies partout, à croire que les esprits (dont celui de Lewis), la nature et le cosmos veillent sur moi, à écrire des mots sur des feuilles de laurier pour ensuite les cramer. Mais comme le dis Taous Merakchi/Jack Parker : « (…) à moi ça me fait du bien et en faisant ça je ne fais de mal à personne, alors où est le problème ? »

La magie, la sorcellerie, le paganisme, m’aident depuis que j’ai plongé dedans. Oui, ça m’aide à faire le deuil de Lewis, à voir les choses différemment, à accepter mon passé, lâcher-prise et surtout, à renouer avec moi-même de manière apparente comme de façon plus intime. Enfin je me fous du regard des autres, de leur jugement. Je n’entends que les gens qui me font des compliments sur mon style, mon maquillage, mes vêtements, ma façon d’être et de voir les choses. Je ne vois que les personnes qui m’aiment, me respectent, m’admirent et m’inspirent.

Pour moi Witch, Please n’est pas un livre qu’on lit une fois puis qu’on pose quelque part pour qu’il prenne la poussière. C’est un livre pratique. Un manuel que j’ouvre dès que je veux faire un rituel, savoir quels ingrédients utiliser, quelle pleine lune est plus propice à mes souhaits et besoins du moment, entre autres. C’est un livre qui m’inspire et m’aide mettre de la magie dans mon quotidien et dans celui de mes proches.

Le mouvement goth et moi

J’ai toujours était attirée par les choses sombres, raffinées, poétiques. Enfant, mon dessin animé préféré était L’Étrange Noël de Mr. Jack. Je ne manquais aucun épisode de la série TV Batman. J’avais déjà une passion pour la mythologie grecque et les légendes celtes. J’aimais la noirceur mais aussi les belles choses, les choses raffinées, et en même temps un peu bizarres.

Quand j’avais 5 ans mon père m’a emmené visiter Notre-Dame de Paris, une cathédrale gothique. (Peu de temps avant il m’avait emmené voir Le Bossu de Notre-Dame de Disney au Grand Rex.) J’avais été frappée par la grandeur et l’atmosphère à l’intérieur du monument. Mon père me racontait que des gens se suicidaient en se jetant de la cathédrale, que c’était devant elle qu’on avait brûlé les sorcières et dans la Seine qu’on pratiquait l’ordalie par l’eau froide (aqua frigida). J’en ai fait des cauchemars. D’ailleurs certains mauvais rêves de mon enfance restent gravés dans ma boîte crânienne.

Enfant, j’ai cauchemardé de gens qui se suicidaient du haut de Notre-Dame, de femmes brûlées devant, d’autres noyées dans la Seine. J’ai cauchemardé du Styx, de camarades de maternelle exécutes dans la cour récré, de la mort de ma mère, de mes parents et de mon petit frère, de toute ma famille, grands-parents inclus, dans un accident de voiture. Voiture qui avait explosé et brûlé.

J’ai découvert le groupe Indochine à 10 ans. Un univers s’est alors ouvert à moi, tant au niveau musical, que littéraire et même pictural. Écouter Indochine c’est comme tirer un fil noir de la culture, et tomber sur des personnages, des inspirations, à mesure qu’on déroule le fil. Ainsi j’ai croisé Mylène Farmer, Marilyn Manson, Placebo, The Cure, David Bowie mais aussi Jules Barbey d’Aurevilly, Marguerite Duras, et bien sûr, Edgar Allan Poe et Charles Baudelaire.

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Quand on parle du mouvement gothique, il est impossible et inconcevable de faire abstraction de la plus célèbre des oeuvres de Baudelaire, Les Fleurs du Mal. Je l’ai lu pour la première fois vers 12/13 ans. Je traversais alors une des pires périodes de ma vie, et la musique, les livres et bientôt l’écriture, étaient mes seules guides et remèdes. J’y trouvais du réconfort, de la consolation. Les livres et les chansons posaient des mots sur mes sentiments. Les artistes me comprenaient.

J’étais au collège quand j’ai connu mes premiers émois culturels (et sentimentales). Je n’avais aucune confiance en moi. Je ne savais pas à quoi ça consistait ni à quoi ça ressemblait. Mes seul-e-s modèles étaient les personnages de Tim Burton et les gens dont j’écoutais la musique et lisais les livres.
Dans mon établissement il y avait une fille âgée de 2 ans de plus que moi. Elle avait les cheveux noirs et une mèche verte émeraude. Elle s’habillait tout en noir. Et elle portait un sac sur lequel elle avait écrit au blanco les groupes de musique qu’elle aimait. Parmi eux je pouvais lire Indochine, Placebo, The Cure, Marilyn Manson, et bien d’autres que je ne connaissais pas encore.

Je voyais bien que son look lui attirait au mieux des regards insistants et méprisants, au pire des insultes et des menaces. Je me sentais proche d’elle. Je savais qu’elle était « gothique ». Je savais ce que ça signifiait dans les grandes lignes. S’habiller en noir, lire Baudelaire, se promener dans les cimetières, aimer les films de Tim Burton et le cinéma expressionniste allemand. Bref tout ce qui me faisait vibrer.

J’ai essayé d’assumer mon style et ma personnalité mais je n’avais pas assez confiance en moi pour supporter les railleries qui se sont vite transformées en harcèlement. Vers 16 ans j’ai délaissé le noir, les squelettes, les cathédrales, les sons new wave, la poésie macabre.

Pendant plus de 10 ans j’ai tourné le dos sans le savoir à ce que j’étais vraiment pour explorer d’autres univers. J’écoutais toujours Indochine et Placebo mais aussi du reggae, du rap français et américain, de l’électro et les grands noms de la chanson française ; Brassens, Brel, Ferré, Piaf, Gréco, Vian, Barbara… Je me suis aussi intéressée à la country, au blues, au jazz, au disco, au funk.

Du côté littéraire, j’ai lu tout ce que je pouvais, tout ce qui me touchait; Asimov, Huxley, Orwell, Hemingway, Salinger, London, Kerouac, Burroughs, Ginsberg, Bukowski, Whithman, Miller, Thoreau, Emerson, Faulkner, McCullers, et celui qui reste mon maître, Hunter S. Thompson. Outre la littérature nord américaine, je me suis prise de passion pour les écrits de Dante Alighieri et la philosophie ; principalement celle de l’Antiquité, mais également celle de Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, sans oublier celle de Cioran. J’ai aussi lu pas mal de romans à propos de sorcière, et quantité de mangas, à commencer par ceux d’Ai Yazawa (Nana, Paradise Kiss, Gokinjo…), et de CLAMP  (Card Captor Sakura, Chobits, Tsubasa, xxxHOLiC…).

Vers mes 20 ans je suis tombée dans le bouddhisme et le féminisme, un peu comme Alice arrive au pays des merveilles, en suivant un lapin blanc. J’y ai trouvé des armes, des allié-e-s, des réponses aux questions que je me posais depuis que j’étais gamine. Des souvenirs, des traumatismes sont remontés et j’ai alors dû faire face à mes démons et aux fantômes du passé. Jusqu’à mes 27 ans j’ai expérimenté la souffrance mentale, la culpabilité, l’angoisse, la paranoïa, les envies suicidaires. J’ai connu les cabinets médicaux, les urgences, l’hôpital psychiatrique. C’est là, privée de libertés fondamentales, que j’ai commencé à renouer avec mes inspirations premières et avec moi-même, notamment en repensant à Gérard de Nerval et Antonin Artaud.

C’est à l’été de mes 26 ans que le déclic que j’attendais tant s’est produit. Tout doucement j’ai commencé à réunir toutes mes influences et mes inspirations. J’ai constaté que tout ce qui me plaisait était teinté de noir, de macabre, de romantisme, de mysticisme. J’avais beau essayé de m’en éloigner, je finissais toujours par revenir à cette esthétique sombre et poétique.

J’admettais mon goût pour le mouvement goth cependant je n’arrivais toujours pas à l’assumer. J’avais encore peur du regard et du jugement des autres, ne me sentais pas encore assez à l’aise dans mes Doc Martens. Mon look restait simple bien que de plus en plus sombre. L’eye-liner, le mascara et le rouge à lèvres sombre, toujours rangés. Et puis mon chat est mort. Ce décès aussi violent qu’injuste a été LE déclencheur, il faut bien l’avouer.

Bien des fois j’ai pensé à la mort, la mienne surtout. Je l’ai aussi plusieurs fois frôlé. Là elle se tenait en face de moi. Et je ne pouvais que m’incliner et pleurer bruyamment pendant que mon bébé chat rendait son dernier souffle dans mes bras. Trois jours après le drame, j’ai compris que j’avais deux options. Accepter la mort ou lutter contre elle. J’ai choisi la première et depuis j’ai décidé d’apprivoiser la grande faucheuse, la vie, le cycle des saisons, les forces naturelles et cosmiques. Ce choix fait, j’étais contacté pour passer un entretien. Une semaine plus tard j’occupais le poste de vendeuse livres/libraire pour une grande chaîne de magasins spécialisés dans la vente de produits culturels et électroniques. Il ne m’en fallait pas plus pour développer ma spiritualité et mes croyances.

J’avais renoué avec la sorcellerie, l’occulte, le paganisme peu de temps avant la mort de mon chat. J’y avais trouvé de l’inspiration, de la force, du réconfort. Quand mon petit compagnon est décédé, j’ai plongé tête la première dans diverses spiritualités. J’ai relu des écrits bouddhistes et taoïstes. J’ai repris les deux encyclopédies (celle des fées et celle des lutins) de Pierre Dubois. J’ai acheté le livre de Jack Parker, Witch please !, cherché des recettes de soins naturels, regardé des vidéos de Vénus XIII et de Catharsis (oui la première a plus de 30 ans, la deuxième n’a même pas 20 ans). J’ai mixé tout ça avec les grandes lignes du mouvement gothique et voilà !

Toutes les personnes gothiques ne donnent pas forcément dans la sorcellerie, l’occulte, le mystique, la magie, mais c’est mon cas. J’associe intimement le fait d’être goth à mes activités et croyances. Je les associe car ces deux choses sont comme ancrées en moi depuis le début. Elles forment ma nature profonde, celle qui m’est restée longtemps inaccessible en raison de nombreux traumatismes. Or après le dernier en date (la mort de mon chat), ces deux choses m’ont pété à la gueule. Elles se sont limite imposées à moi. Pour une fois je n’ai pas cherché à comprendre. J’ai laissé venir sans analyser, décortiquer, savoir pourquoi, comment. Tout ce que je savais c’est que je me sentais bien habillée tout de noir, avec du maquillage noir sur les yeux et les lèvres.

Au fur et à mesure j’ai commencé à oublier le regard des autres. Tout ce qui m’importait c’était que je me sentais enfin à l’aise, bien, en harmonie avec moi-même, mon passé, mes influences, mes projets… Le goth, la sorcellerie, l’occulte, le paganisme, les diverses spiritualités, les mythes, contes et légendes, pour moi tout ça ne forme pas seulement un style vestimentaire, mais de vie, une vision du monde, de l’univers, une philosophie, un art de vivre.

J’aurais encore beaucoup de choses à raconter mais je vais conclure ici, histoire d’en garder un peu et de ne pas trop me disperser. Ce billet est comme une sorte d’introduction, une présentation des grandes lignes qui tracent le contour de ma personnalité, de mes intérêts, de mon parcours et des liens que j’entretiens avec le mouvement goth, la culture, la spiritualité.

Je vous laisse avec cette émission de BiTS, excellent magazine d’Arte, et un reportage à voir (enfin plutôt à écouter car l’image est très mauvaise), en plusieurs parties sur Youtube.

Partie I
Partie II
Partie III
Partie IV
Partie V
Partie VI
Conclusion