Petit boulot

C’est drôlement surprenant la vie quand même. Depuis mon entretien de lundi dernier je broyais du noir, je doutais de moi. Je n’arrêtais pas de me dire « y me faut un employeur dans la dèche, dans l’urgence, devant qui je puisse arriver comme le messie et être engagée direct. »

Le même lundi j’avais rendez-vous en fin d’après-midi avec mon chirurgien ophtalmologue pour un contrôle de routine. Je sors du métro et je repense à ce magasin dans Le Marais où j’avais postulé mais qui avait pris quelqu’un de plus « convaincant ». J’aurais beaucoup aimé y travailler. Et là je sens mon téléphone vibrer. Je décroche. C’est la responsable du magasin en question… Elle a besoin de quelqu’un en urgence car la personne qu’elle a embauché ne s’est jamais présentée au magasin. Est-ce que je peux commencer le lendemain à 12h15 ? Bien sûr.

Pendant mon rendez-vous et tout le reste de la journée je suis sur une autre planète. Je vais vite revenir sur Terre à la vue de mon contrat. Un CDD d’une durée de… 2 semaines (jours de repos inclus). Je ne comprends plus rien. Je suis censée remplacer une nana partie en congés une semaine, puis un gars qui va en formation pendant la deuxième… Les joies du monde du travail au 21e siècle. 

Je fais comme si de rien n’était. J’observe, j’apprends, je fais du mieux que je peux, me montre souriante, volontaire et de bonne foi en toutes circonstances. S’ils me gardent tant mieux sinon ce sera toujours de l’expérience et de l’argent gagné. Mes collègues sont tous très gentils avec moi. Beaucoup m’ont dit qu’ils aimeraient que je reste… Qui vivra verra comme on dit. Je me laisse porter sans dériver. Je vis uniquement au présent, au jour le jour même. Et pour l’instant je kiffe.

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Été 2019, entre angoisse et langueur

Je ne sais pas vous mais moi j’ai trouvé cet été très long et éprouvant. Sûrement à cause des épisodes de canicule, de mes galères administratives avec le centre de formation et de mes recherches vaines pour trouver un employeur afin de faire une reconversion professionnelle.

Il faut dire que l’année dernière j’avais passé l’été à lézarder, à écouter du rap US, à me (re)construire, à me (re)découvrir, à tâtonner, tester, profiter. Là, mon été s’est résumé à stresser, attendre, me paumer, culpabiliser, changer de cap, relativiser, m’accrocher à des objectifs. Pour l’instant je ne les ai toujours pas atteints, et c’est épuisant. Face aux difficultés et aux doutes, j’ai préféré me réfugier à l’intérieur de moi-même. J’ai plongé en moi. Accepté certaines choses en moi que je refusais jusque là ; des goûts, des traits, des attraits, des envies.

Pendant cet été, je me suis définitivement mise au Bullet Journal. Les blogueuses et youtubeuses ont tant parlé de ce concept qu’il peut paraître déjà dépassé mais j’apprécie beaucoup son aspect modulable, adaptable. On peut aussi bien le décorer avec des fournitures diverses et variées (feutres, crayons de couleur, autocollants…), que de se contenter d’une version très minimaliste avec un simple stylo noir.

J’ai parfois l’impression de devenir un cliché, entre mon goût pour le bullet journal et le taoïsme, mon attrait le style et le courant minimalistes, mes recettes de grand-mère (sorcière) et ma conscience écolo… Mais peut-être que je ne suis juste pas habituée à avoir en moi autant d’harmonie et de justesse.

L’automne approche doucement. Les feuilles d’arbre se parent de couleurs chatoyantes. Beaucoup font leur rentrée, quelques uns sont partis en vacances (d’autres comme moi cherchent du travail). Pour l’instant, le mois de Septembre commence avec de grands nettoyages ; dans la maison, la garde-robe, les réseaux sociaux, les relations, le corps et l’âme.

Comment j’en suis arrivée là

Chez certaines personnes l’assurance semble innée. Souvent c’est une illusion. Chacun-e essaye de donner la meilleure image de soi-même, de sauver les apparences. Qu’on le veuille ou non quand nous avons peu d’estime pour nous, nous revêtissions tous un masque, un costume.
Longtemps j’ai cherché un manuel de « confiance en soi ». Bien sûr toute personne ayant appris à s’aimer vous dira qu’il n’y a pas de méthodes, que ça vient avec le temps, grâce au soutien de gens bienveillants. C’est vrai mais je crois qu’on peut aller plus loin.

pink cloudsPersonnellement, je n’ai jamais su comment on pouvait avoir ou prendre confiance en soi. Jusqu’à aujourd’hui.
J’ai commencé à vraiment prendre confiance en moi fin mars 2018, lorsque mon compagnon a rompu avec moi. J’ai alors été obligée d’aller vivre chez ma mère. J’ai beaucoup pleuré, j’étais très triste mais pas écroulée. J’ai recommencé à sortir avec mes ami-e-s et à aller à Paris, deux choses que je ne faisais plus depuis plusieurs années. J’ai même recommencé à photographier tout ce qui m’entourait et à me prendre en photo sous tous les angles. Maquillée, pas maquillée, nue, habillée, en sous-vêtements… Je crois que ça m’a aidé à découvrir mon corps à l’apprivoiser, le connaître et l’apprécier.
J’ai participé aux manifs de mai 2018 et pour la première fois dans ma vie je me suis sentie libre et vivante. C’est à ce moment là que j’ai compris mon erreur. J’avais chargé mon compagnon de me sauver et de m’aimer pour deux. Des missions aussi malsaines qu’impossibles. L’amour ce n’est pas avoir besoin de l’autre pour avancer mais avancer avec lui librement, sans attache ni contrainte. Cette vérité je l’ai expérimenté et appliqué à moi-même.
Au bout de seulement un mois j’ai réalisé que si je n’avais ni estime ni amour pour moi c’était parce que je ne me connaissais pas. J’étais une étrangère pour moi-même. Voilà pourquoi j’étais incapable de me sentir bien où que je sois ; j’ignorais qui j’étais. Pendant 26 ans j’ai été dans le flou me concernant. Normal que ma personnalité échappait aux autres, moi-même je n’arrivais pas à la percevoir. Faut dire qu’elle était sacrément bien cachée par la souffrance.


Comment j’ai su qui j’étais ? Vaste question et pourtant je suis maintenant en mesure d’y répondre très simplement. Je me suis laissée du temps. Je me suis laissée porter par mes influences, les ait décortiqué, retourné dans tous les sens. J’ai regardé beaucoup de vidéos sur Youtube, écouté des podcasts, lu des bouquins et des articles de blogs sur le bouddhisme, le zen, le taoïsme, le chamanisme, la confiance en soi, le lâcher-prise. La musique a également joué un rôle important. J’écoutais énormément de chansons qui donnent envie de sourire, de danser, de se relever et d’avancer. La plupart des artistes qui m’accompagnaient étaient des femmes ; Sia, Pink, Grimes, MIA, Mary J. Blige, Nina Simone.
Plus je trouvais ce que j’aimais moins je me comparais et culpabilisais. Petit à petit j’ai réussi à prendre conscience de tout ce que j’avais accompli. Ce qui était au départ source de souffrance est devenu mon étendard. J’avais affronté et vaincu mes démons, les fantômes de mes ancêtres, l’enfermement « thérapeutique ». J’avais survécu aux troubles du comportement alimentaires, à la dépression, à l’anxiété, donc il était hors de question qu’une histoire d’amour ou que cette société capitaliste me mette à terre. Je refusais de rechuter.

pink skyUn an s’est écoulé et depuis mon compagnon et moi sommes à nouveau ensemble, j’ai adopté un adorable gredin de chat siamois, été vendeuse dans un magasin de loisirs créatifs, je suis partie une semaine à Fuerteventura avec ma plus ancienne amie, j’ai tenté de faire une reconversion professionnelle et échoué mais j’ai jamais été aussi bien dans ma peau. Evidemment j’ai encore des coups de blues et le cerveau qui déraille de temps en temps. Je vois une psychiatre tous les mois, parfois plus si ça va pas. Je dois prendre deux gélules tous les jours sinon en quelques heures la dépression et l’anxiété prennent le dessus. Elles planent toujours autour de moi. Et je pense qu’elles seront avec moi jusqu’à mon dernier souffle.
Comme des marques indélébiles du passé, mes troubles psychiques sont des séquelles immuables, résultats d’un début passé à endurer, faire subir, se perdre. Grâce à des années de thérapie et à un traitement adapté la dépression et l’anxiété ne m’empêchent plus de vivre. Elles me rappellent que je dois rester vigilante, respecter mes limites, prendre soin de moi, ralentir, ne pas culpabiliser.

Sunday morning

De la pluie et du vent. Monochromes de gris et de vert. Un avant-goût d’automne. Saison transitoire à l’atmosphère paradoxale ; entre chaleur et effroi. Tout s’endort juste avant que l’hiver ne s’installe.
Dans l’air humide s’élèvent puis se mêlent des odeurs de café, des notes de jazz et des volutes de fumée.
Hier matin une dame âgée a trouvé le train sale « Tu ne verrais pas ça en Autriche ! » qu’elle a dit à ces deux amies.
Châtelet était presque vide. Chose rare un samedi.
Au retour le train qui était un omnibus est allé aussi vite qu’un direct (quand il fonctionne bien).
Qu’il est bon de pouvoir se réfugier chez soi. Regarder et écouter la pluie tomber, le vent souffler. Prendre le temps de contempler le chemin parcouru. Dormir puis prendre un bain chaud, ou l’inverse.

Se reposer au rythme des saisons

IMG_20190702_151326En septembre ça fera un an que j’ai renoué avec l’ésotérisme, la paganisme et la sorcellerie. Plus je vieillis plus j’apprécie les différentes saisons. Chacune possède son atmosphère, sa signification, ses particularités, ses fêtes, son rythme.

Il y a 3 mois, ma mère m’a ramené un livre : 1001 secrets de bien-être. Depuis c’est un peu devenu une sorte de bible et une source d’inspiration. Cet ouvrage écrit par Carine Anselme et Eve François regroupe une multitude de conseils et d’astuces pour vivre plus sainement et sereinement. Parmi ces conseils, celui qui revient très souvent est qu’il faut essayer de ralentir la cadence et adapter son rythme sur celui de la nature.

Voici donc une petite synthèse de ce que j’avais pu lire dans 1001 secrets de bien-être qui vous donnera peut-être des idées pour planifier vos temps de repos et déculpabiliser de ne rien faire.

 

• Au printemps : 

Dès le réveil ouvrez les fenêtres, puis recouchez-vous quelques minutes bien au chaud. Appréciez ce contraste avec la fraîcheur matinale et humez l’énergie de cette saison porteuse de renouveau.

 

• En été :

Si de fortes chaleurs sont prévues, le matin baissez vos stores, fermez vos fenêtres et vos volets. Attendez la tombée de la nuit pour tout ré ouvrir. Pendant la journée, profitez autant que vous le pouvez pour rester alangui-e sur votre lit. Ne culpabilisez pas de ne « rien faire ».

 

• En automne :

Les journées commencent à raccourcir, la lumière se fait plus rare. Pour éviter les coups de blues et de fatigue, le weekend (et dès que c’est possible), faîtes une petite sieste (entre 15 et 30 minutes) l’après-midi.

 

• En hiver :

Essayez de passer au moins une journée (presque) au lit par mois. Réunissez autour de votre couette livres, magazines, eau, infusion, petits biscuits, musique, séries, films, tout ce qui vous fait du bien, et détendez-vous. Laissez-vous aller à ne rien faire ou si peu.

Fable turque

11/04/2011 – 21h15

Dans l’avion en direction d’Antalya, Turquie. Ai fini les journaux indiens de Ginsberg et n’ai qu’une envie ; vivre un genre de voyage initiatique similaire.

La Turquie est un peu ma retranscription de l’Inde. La porte de l’Asie. Pays inconnu. Synonyme de renouveau, de purification mentale et physique, de retour sur soi, sur tout, surtout sur les rapports humains entretenus, mais aussi sur le rapport à l’argent et à l’avenir, et à trop de choses en fait.

Impression assez agréable d’être une voyageuse, plaisir de prendre l’avion, euphorie, non le mot est trop fort, contente de la jouer à moitié reporter. Envie d’ailleurs. NTM dans les oreilles. Pensée pour les copains restés au bled. Hare Krishna et Seine Saint-Denis Style.

 

12/04/2011 – 16h38

Mordue par le soleil. Regards vers la montagne.

Toute à l’heure au hammam, allongée sur la table de sacrifice, n’arrivant presque plus à respirer, sentant mon sang battre dans mes veines, les yeux embrouillés, embués.

Eu comme une révélation.

Mettre le corps au supplice permet la libération de l’esprit. Je le crois sincèrement. Détachée de tout, comme morte, puisque je voyais mon corps inerte. Comme dans Enter the Void. Comme morte. Libérée.

Antalya sous la pluie
Antalya sous la pluie. Turquie. Photo personnelle.

 

14/04/2011 – 11h20

Antalya sous la pluie. Route cabossée et trempée. Temps humide, hybride de moiteur tropicale qui se loge dans les tissus aux interstices des membres.

Ai porté une bague faite toute en argent surmontée d’un gros saphir taillé. 19 000 euros, l’équivalent des mes 3 ans d’études en journalisme. En ai essayé une autre plus, plus discrète, sertie de diamants noirs ; 5000 euros.

Route cabossée.

Vu des blousons tout cuir allant de 500 à 5000 euros. Relativité des prix par rapport au besoin. Le luxe. Le luxe et son absurdité. Désir de distinction, de frustrer l’autre dans son désir. Le paraître. Jouissance ultime de l’Homme.
Seule chose qui a un temps soit peu éveillé mon attention ; un chaton aussi gros que mon pied.
Me sens comme un brahman dans son sadhu orange.

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« Rain », Antalya. Photo de Krokiller.

Il pleut mais sentir les gouttes d’eau sur ma peau, mon visage brûlé par le soleil ne me dérange guère. Au contraire c’est comme un soulagement.
J’ai encore le goût du café turc dans la bouche, ce n’est pas vraiment désagréable, c’est spécial.

Fatiguée. Les paupières lourdes, mes yeux se ferment tout seuls.

Fragments

Dans mon sac il y a toujours cette odeur indéterminable, ce mélange de tabac, d’herbe, de crème solaire et de vieux livres. Je ne sais quoi d’autre encore, peut-être ce parfum de Tunisie où j’ai vécu des moments aussi futiles et banales qu’inoubliables.
J’ai perdu mes mots et laissé une partie de mon coeur là-bas, je l’ai déposé dans le sable et les vagues écumeuses de la Méditerranée l’ont avalé, gardant ainsi un bout de mon être.

Dans ce pays il est très difficile d’écrire, la chaleur fait dégouliner votre encre qui se change en sang bouillonnant comme celui qui coule dans vos veines.
Dans ce pays où le soleil agresse et dessèche les neurones, les pensées affluent telles les vagues, dans le crâne irradié d’ultra-violets. Et soudain le vent souffle dans les cheveux et balaye l’épiderme brûlée.

Depuis que je suis revenue en France je ne rêve plus que de voyages. Je passe mon temps à scruter le ciel, et quand j’aperçois un avion mon coeur se serre. J’veux m’en aller. Je veux les plages du monde entier à mes pieds.

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Sidi Bou Said, Tunisie. Photo d’Edis Bezdrob