La tueuse de chats

Lewis était un chat qui aimait sortir. Le soir après avoir mangé, il miaulait devant la porte de l’appartement, sautait à la poignée. Quand je lui mettais son harnais il se calmait un peu et commençait à ronronner. Chaque soir il attendait avec impatience de sortir avec moi dans le quartier. 

Le soir du vendredi 25 octobre 2019 j’avais la flemme de sortir mais faire plaisir à mon chat a été plus fort, comme souvent si ce n’est toujours. Et parfois je me dis que c’est ce qui a provoqué sa perte.

Vendredi soir, il était 21h, je promenais mon chat comme tous les soirs (si possible). Il venait de s’exercer à l’escalade sur un arbre quand deux gros chiens sont arrivés en courant. Ils se sont brusquement arrêtés. Nous ont fixé mon chat et moi. Figés d’effroi. J’ai fait ce que j’ai pu pour garder mon chat près de moi. Mais les chiens se sont jetés sur lui. ILS ME L’ONT ARRACHÉ DES BRAS. Je me suis jeté sur un des deux. J’ai été traîné au sol. Pendant tout ce temps je hurlais. La propriétaire des chiens ? Une misérable femme incapable de gérer ses molosses, une irresponsable promenant SANS LAISSE des chiens qui ont DÉJA TUÉ.

Mon chat est mort dans mes bras, peu de temps après que l’incapable me l’ait ramené tout en m’inondant de paroles aussi insensées que déplacées.

« JE SUIS VRAIMENT DÉSOLÉE JE NE SUIS PAS UNE MAUVAISE PERSONNE VOUS SAVEZ JE PEUX VOUS LE REMPLACER VOTRE CHAT DITES MOI CE QUE JE PEUX FAIRE POUR VOUS… UN DES MES CHIENS EST PARTI JE DOIS ALLER LE CHERCHER DITES MOI CE QUE JE PEUX FAIRE POUR VOUS JE VOUS DONNE MON NUMÉRO DE TEL MAIS JE DOIS VRAIMENT ALLER CHERCHER MON CHIEN… »

Hein connasse, tu te souviens de tes mots aussi répugnants que toi et tes molosses ? Parce que moi je m’en souviens, comme je me souviens très précisément de ton sale visage, de tes cheveux, de tes yeux sans âme, et surtout je me souviens de tout le mal que tu as (déjà) fait. Tu es tombée sur la mauvaise personne. J’ai déjà trop souffert pour ne pas réagir quand les horreurs dans ton genre me prennent ce que j’ai de plus précieux. J’utiliserai tous les moyens légaux qui sont à ma disposition pour te faire ramper de douleur.

Ce n’était pas qu’un chat. C’était Lewis. Il n’avait même pas deux ans…

Je suis dépressive et atteinte d’anxiété généralisée. Lewis contribuait énormément à mon équilibre mentale, psychologique, psychique. Il était pour moi le symbole d’une vie nouvelle, plus libre et plus belle. Et des chiens mal dressés l’ont tué. J‘ai mal aux tripes comme si c’était les miennes que ces molosses avaient arraché. Je suis traumatisée à vie. Je ne peux plus voir un chien, l’entendre aboyer sans avoir une crise panique.

Je suis en colère, j’ai la haine, la rage mais je sais me tenir contrairement à vous et vos chiens. Certains auraient utilisé les armes. Mes armes ce sont les mots. Ce texte ne sera peut-être pas lu par beaucoup de personnes, peut-être même que la première concernée de le verra jamais. Mais au moins il m’aura permis de me défouler, de rendre hommage et de prévenir.

C’est la deuxième fois que les chiens de cette femme tuent un chat en compagnie d’un être humain. La prochaine fois ce sera quoi ? Encore un autre chat ? Un chien plus petit ? Un jeune enfant ? Nous n’en savons rien. En revanche ce que moi je sais, tout comme la police (municipale et nationale), c’est que ce n’est pas normal. C’est effrayant et dangereux.

Ma douleur est immense. Aussi grande que les plaies laissées par ces molosses sur le corps de mon chat. Rien ne le ramènera. Rien ni personne ne le remplacera.

Aux propriétaires de chat(s), faîtes attention, le quartier n’est pas sûr pour les félidés.

Quant à cette femme stupide qui a causé la mort de mon plus fidèle compagnon… Je vais prendre le temps de faire les choses proprement et correctement. Je hais la vengeance mais je crois plus que quiconque en la justice. La vie saura se charger de cet infâme être humain.

Voyager c’est polluer

J’adore voyager, prendre l’avion, pourtant depuis quelques années cela m’attire de moins en moins voire carrément plus. J’adore voyager mais j’adore encore plus la nature, les océans, cette planète, et voyager à outrance détruit ces merveilles. Or la beauté de notre planète est une des choses qui m’a le plus aidé lorsque j’étais au plus mal. Quand je ne voyais plus rien qui valait la peine de vivre autour de moi, les récifs, les plages, les dunes, les forêts, les jungles, les montagnes, la faune et la flore m’ont évité de me foutre en l’air en m’en foutant plein les mirettes.

C’est vraiment en voyant les dégâts occasionnés par la plongée sous-marine que cette réflexion à propos du voyage et du tourisme a commencé à germer. J’ai été profondément touchée par la dégradation des récifs, et dégoûtée de mon égoïsme comme de celui de mes semblables. Si nous sommes vraiment passionnés, fascinés, intéressés par les milieux marins, nous devons mettre de côté nos petits plaisirs personnels.
A force de vouloir nous émerveiller, nous allons détruire ce qui nous émerveille. C’est dur, ça fait mal à l’égo, au coeur, mais perso, voir les coraux blanchir me fait encore plus souffrir.

Le voyage est un mirage

L’avion, la voiture, le bateau, même le train, bousillent l’environnement à cause de la pollution qu’ils rejettent, des infrastructures à construire pour qu’ils puissent circuler. Ils font le bonheur des sociétés pétrolières, autoroutières appartenant à des milliardaires. A côté, combien d’enfants n’ont jamais vu la mer ? Car voyager reste un luxe réservé aux privilégiés, accessible à force de sacrifices comme économiser pendant un an voire plusieurs années. Tout ça pour 2 semaines au soleil, un peu d’exotisme et de tranquillité. Quand les habitants galèrent à bouffer.

Le voyage est un mirage. Une illusion de liberté. L’idée de débarquer dans des anciennes colonies pour visiter, m’émerveiller, me relaxer me met mal à l’aise. Je ne peux m’empêcher de sentir un parfum de colonialisme dans l’air. Je suis la blanche occidentale qui vient réaliser son plaisir égocentrique, qui squatte les pays 2 semaines, avant de repartir de là où elle vient.
Durant mes périples, je serais passé dans des lieux naturels que j’aurais fragilisé en le foulant, j’aurais plongé dans un écosystème sensible qui n’a pas besoin de moi pour vivre, j’aurais profité d’un pays plus pauvre à cause de ce que mon pays et ses alliés ont fait dans le passé.

Voyager, mais à quel prix ?

Fin août 2015, à 23 ans je suis allée en Crète pour la 3e fois. Je n’y été pas retournée depuis mes 13 ans. Je me souvenais d’un mer encore propre. Lors de ma première baignade je n’ai pas pu nager sans rencontrer des sacs plastiques, des emballages de toutes sortes. Les jours suivants je ne me suis pas baignée. J’ai juste trempée mes pieds. Là encore, j’ai vu des déchets s’échouer près de moi pendant que des enfants et des vieux jouaient dans les vagues.
J’étais triste et en rage. Mais j’étais restée en Europe, j’avais dormi chez l’habitant, rencontré des gens, discuté avec eux de l’état du pays, de ce qu’ils pensaient du tourisme, des Français, cela équilibrait la donne.

Je ne tiens plus à parcourir le monde à tout prix, en tout cas, pas au prix de l’environnement et de la population du pays visité. Je préfère regarder un documentaire, aller sur Google Earth plutôt que de défoncer la planète, arriver en colon, alimenter les grands groupes et lobbies.
Je continuerai de voyager mais je ne suis plus attirée par les longs courriers. J’ai envie d’un « tourisme » local, éco-responsable, engagé, conscient, politisé. En même je ne peux en vouloir aux gens qui ont économisé, qui se sont serrés la ceinture, souvent toute l’année, pour partir quelques jours, quelques semaines, loin de leur quotidien. Néanmoins je pense qu’il est possible de trouver un juste milieu.

Prise de conscience, efforts et alternatives

Les multinationales, les business men, les stars, les politiques sont bien sûr les premiers pollueurs avec leurs allers-retours en jet privé, les transports incessants et toujours plus importants de marchandises. Mais nous ne sommes pas obligés de prendre exemple sur eux et encore moins d’attendre qu’ils se bougent pour essayer, à notre échelle, de faire évoluer la situation, ou au moins de ne pas l’empirer.
Interdire aux gens de voyager serait ridicule et inutile. En revanche on peut réfléchir à notre façon de voyager. On peut se demander comment on peut allier voyage et écologie, et tenter de trouver des alternatives. Par exemple, préférer le train à l’avion quand c’est possible, choisir de voyager en France et en Europe plutôt qu’à l’autre bout du monde, partir moins pour partir mieux, opter pour des séjours chez l’habitant plutôt que dans des grandes chaînes d’hôtel.

Oui, si vous souhaitez continuer à être émerveillé-e-s par notre belle planète, ou tout simplement à vivre décemment, en harmonie avec la nature et les autres, va falloir mettre votre confort personnel de côté. Va falloir arrêter d’attendre que les autres fassent le boulot, de rejeter la faute sur autrui et de se plaindre pour des conneries du genre « ouin maintenant faut que je mette un pull au lieu d’utiliser le chauffage. »
Il est grand temps de se bouger pour préserver la Terre. C’est notre unique maison. Les astronautes et astrophysiciens vous le diront, il n’y a pas de planète comme la nôtre à moins de plusieurs années lumière. Si la Terre crame nous n’aurons pas de seconde chance.

Folklore, précarité et sons de la nature

J’avais pensé faire un article sur mes coups de coeur et kiffs de l’été mais je n’ai trouvé ni la force ni l’envie… Pourtant je tenais à créer une nouvelle catégorie d’articles pour partager mes dernières découvertes. Du coup j’ai décidé de lister ce que j’avais récemment vu, écouté et apprécié en ce début d’automne. Préparez le plaid et les boissons chaudes, c’est parti pour un tour de mes kiffs du moment !

Séries

  • J’ai découvert Carnival Row par hasard. Je traînais sur Amazon Prime Video avec my fellow depuis plusieurs jours quand nous sommes tombé-e-s sur cette pépite sortie de je ne sais quel tombeau. Habile mélange de dark fantasy et de steampunk, Carnival Row se déroule dans une ville qui ressemble furieusement à Londres au XIXe siècle. Voilà pour le décor, maintenant ajoutez-y des fées, des centaures, des faunes, des sorcières et vous obtenez une intrigue policière et politique sur fond de problématiques raciales.
    Dans Carnival Row, on découvre qu’Orlando Bloom et Cara Delevingne peuvent être ultra badass et jouer super bien. Evidemment il y a aussi pas mal d’histoires amoureuses (souvent compliquées pas exclusivement hétéros), et beaucoup voire autant de personnages féminins, noir-e-s.

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  • Autre excellente série testée et approuvée : Top Boy. C’est vraiment mon nouveau coup de coeur Netflix. Réalisée par des Anglais, Top Boy raconte l’histoire de deux gangs de drogues londoniens. On suit le parcours de chaque personnage ; les chefs, ceux qui veulent l’être, les vendeurs, les fournisseurs, leur famille, leurs amis, leurs amours. Peu à peu tous se croisent, se lient, se confrontent, pour le meilleur et pour le pire.
    Top Boy est une série dure et intelligente, superbement écrite, qui se sert du vécu de ses personnages pour évoquer les problématiques sociales (l’immigration, le racisme, la pauvreté) qui les amènent à faire ce qu’ils font. Moi qui suis plutôt mauvais public je me suis retrouvée à rire, pleurer, pousser des « ouh putain ça va être la merde ! » Bref regardez Top Boy.
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Sully & Dushane. TOP BOY (2011)
  • Si vous aimez l’univers des contes de fées et de Matt Groening (le créateur des Simpsons), vous serez content-e-s d’apprendre que Désenchantée Partie 2 est disponible sur Netflix. Les trois personnages principaux (un gentil elfe à l’ouest, une princesse portée sur l’alcool et un petit démon), sont de retour pour de nouvelles aventures. Au programme : des attaques de pirates, une descente aux enfers et bien sûr, des combats épiques.
    Désenchantée est aussi drôle que bienveillante. Les personnages tordent le cou aux clichés et aux gags oppressifs, discriminatoires en retournant l’univers des contes de fées. Avec cette série d’animation, Matt Groening nous prouve encore une fois qu’il est possible de rire aux larmes sans dénigrer une catégorie de personnes.
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Elfo, Bean & Luci. Désenchantée (début de la série en 2018)

Blogs

Musique/Youtube

  • Miracle Forest est une chaîne Youtube qui mêle sons d’ambiance et décors enchanteurs pour vous plonger dans une atmosphère paisible et merveilleuse. Chaque vidéo dure 1h et correspond à un thème ; Parc d’attraction abandonné, laboratoire de savant fou, village elfique, temple sous-marin, salon de thé féerique, nuit dans les bois… Vraiment top pour écrire ou se détendre.
  • On reste dans les sons et l’imaginaire avec Goodnight Moon, une chaîne ASMR pas comme les autres. Ici pas de jeux de rôle coiffure, soins beauté, massages crâniens, Goodnight Moon vous propose de rencontrer sirène, fabriquer des potions avec une sorcière, prendre le thé dans une mercerie, discuter avec la tenancière d’une herboristerie, d’une taverne… C’est beau, c’est doux et ça fait du bien.
  • Cafe Music BGM Channel, la radio/chaîne Youtube que j’écoute presque tous les matins depuis bientôt un an. Du jazz posé, un peu de bossa nova, pas mal de piano et de guitare. Bref, une chaîne idéale pour se réveiller en douceur en buvant un bon café bien sûr !
  • J’écoutais Fip radio quand j’ai ré entendu Nouveau western d’MC Solaar. Voilà des années que je n’avais pas entendu la voix de ce cher Claude. Depuis ses albums tournent en boucle. Je suis assez fan des gens qui font claquer la langue françaises, qui jouent avec les mots et les sonorités. Dans ce domaine j’avoue que pour moi Solaar reste le roi.

Jeux vidéo

  • Hollow Knight est un jeu vidéo indépendant développé et édité par Team Cherry. C’est le premier jeu que ce petit studio australien arrive à commercialiser. Et c’est une sacrée réussite ! Sorti en 2017 sur PC, MAC, Linux puis en 2018 sur Nitendo Switch, Playstation 4 et Xbox One, Hollow Knight est un jeu d’action-aventure et de plate-forme. Vous incarnez un chevalier insectoïde qui explore le royaume d’Hallownest. Sur votre route, vous devrez éradiquer l’entité maléfique qui a été enfermée au coeur du royaume il y a fort longtemps.
    Poétique et mélancolique, Hollow Knight fait penser aux créations de Tim Burton. Outre l’aventure et l’exploration, le jeu met en scène une certaine cruauté du monde à travers les personnages que le héros/joueur rencontre. Pour cette raison et parce que certaines zones sont vraiment très difficiles, il vous sera peut-être nécessaire de faire des pauses, prendre affectivement de la distance en coupant la bande-son, s’éloigner physiquement de l’écran, étudier et lister les mouvements répétitifs de chaque boss, ou encore passer momentanément à autre chose et explorer une partie différente du jeu.
  • Par où commencer… Comme beaucoup je crois que c’est mon nouveau jeu préféré, mon coup de coeur ultime niveau pixels : The Legend of Zelda: Breath of the Wild. Véritable bijou de graphisme et d’ingéniosité en matière de gameplay, ce 18e opus de la franchise The Legend of Zelda nous propose d’explorer un monde ouvert démesuré et d’expérimenter de nouvelles mécaniques de gameplay ; jauge d’endurance, interactions diverses avec l’environnement, les objets, les personnages rencontrés. Attention, on ne voit pas les heures passer !
    Acclamé par la critique dès sa sortie en mars 2017, Zelda: Breath of the Wild a reçu de nombreux prix dont le prix du jeu de l’année aux Game Awards 2017. Le jeu développé par la division Nintendo EPD s’est déjà vendu a plus de 13 millions d’exemplaires. Fait assez important pour être souligné : Breath of the Wild est régulièrement salué pour avoir transformé le statut de la princesse Zelda, la faisant passer de « demoiselle en détresse » à personnage à part entière.

La fin d’un cycle

Hier c’était mon dernier jour au magasin du Marais, et mon contrat n’a pas été prolongé. Officiellement, ils auraient besoin de réservistes plus que de vendeurs. Officieusement, ils préfèrent engager des gens jeunes et naïfs qui vont obéir aux ordres sans poser de question.

Mes collègues étaient dégouté-e-s que je parte. Ils auraient voulu que je reste ; ils trouvent que je suis cool et que je travaille bien. Ils m’ont dit de ne surtout pas douter de moi, que le problème venait du grand chef. D’ailleurs il y a déjà eu une histoire d’harcèlement sexuel entre lui et une vendeuse. Histoire qui aurait pu (et dû) arriver jusqu’aux Prud’hommes si cette société n’avait pas une haine des femmes et des travailleurs.

La journée terminée, mes collègues m’ont emmené boire des bières dans un de leurs repaires : un petit bar parisien typique. Certains m’ont même filé des contacts pour du travail. On ne se connaissait pas il y a 10 jours mais là on aurait pu croire qu’on était potes depuis l’enfance. Je n’ai pas vu les heures passer. J’ai juste eu le temps de voir que je devais mettre les voiles pour ne pas rater les derniers trains. Je suis rentrée dans ma banlieue, seule et enveloppée d’une douce ivresse. Jamais je ne m’étais sentie aussi stylée et puissante. 

J’ai tenu mes promesses. J’ai fait du mieux que j’ai pu. Je me suis laissée porter sans dériver. J’ai kiffé et je n’ai aucun regret. Au contraire, je suis pleine d’amour et d’espoir. Ce n’est pas triste, c’est juste la fin d’un cycle. Une page se tourne pour qu’une nouvelle s’écrive. 

Petit boulot

C’est drôlement surprenant la vie quand même. Depuis mon entretien de lundi dernier je broyais du noir, je doutais de moi. Je n’arrêtais pas de me dire « y me faut un employeur dans la dèche, dans l’urgence, devant qui je puisse arriver comme le messie et être engagée direct. »

Le même lundi j’avais rendez-vous en fin d’après-midi avec mon chirurgien ophtalmologue pour un contrôle de routine. Je sors du métro et je repense à ce magasin dans Le Marais où j’avais postulé mais qui avait pris quelqu’un de plus « convaincant ». J’aurais beaucoup aimé y travailler. Et là je sens mon téléphone vibrer. Je décroche. C’est la responsable du magasin en question… Elle a besoin de quelqu’un en urgence car la personne qu’elle a embauché ne s’est jamais présentée au magasin. Est-ce que je peux commencer le lendemain à 12h15 ? Bien sûr.

Pendant mon rendez-vous et tout le reste de la journée je suis sur une autre planète. Je vais vite revenir sur Terre à la vue de mon contrat. Un CDD d’une durée de… 2 semaines (jours de repos inclus). Je ne comprends plus rien. Je suis censée remplacer une nana partie en congés une semaine, puis un gars qui va en formation pendant la deuxième… Les joies du monde du travail au 21e siècle. 

Je fais comme si de rien n’était. J’observe, j’apprends, je fais du mieux que je peux, me montre souriante, volontaire et de bonne foi en toutes circonstances. S’ils me gardent tant mieux sinon ce sera toujours de l’expérience et de l’argent gagné. Mes collègues sont tous très gentils avec moi. Beaucoup m’ont dit qu’ils aimeraient que je reste… Qui vivra verra comme on dit. Je me laisse porter sans dériver. Je vis uniquement au présent, au jour le jour même. Et pour l’instant je kiffe.

Été 2019, entre angoisse et langueur

Je ne sais pas vous mais moi j’ai trouvé cet été très long et éprouvant. Sûrement à cause des épisodes de canicule, de mes galères administratives avec le centre de formation et de mes recherches vaines pour trouver un employeur afin de faire une reconversion professionnelle.

Il faut dire que l’année dernière j’avais passé l’été à lézarder, à écouter du rap US, à me (re)construire, à me (re)découvrir, à tâtonner, tester, profiter. Là, mon été s’est résumé à stresser, attendre, me paumer, culpabiliser, changer de cap, relativiser, m’accrocher à des objectifs. Pour l’instant je ne les ai toujours pas atteints, et c’est épuisant. Face aux difficultés et aux doutes, j’ai préféré me réfugier à l’intérieur de moi-même. J’ai plongé en moi. Accepté certaines choses en moi que je refusais jusque là ; des goûts, des traits, des attraits, des envies.

Pendant cet été, je me suis définitivement mise au Bullet Journal. Les blogueuses et youtubeuses ont tant parlé de ce concept qu’il peut paraître déjà dépassé mais j’apprécie beaucoup son aspect modulable, adaptable. On peut aussi bien le décorer avec des fournitures diverses et variées (feutres, crayons de couleur, autocollants…), que de se contenter d’une version très minimaliste avec un simple stylo noir.

J’ai parfois l’impression de devenir un cliché, entre mon goût pour le bullet journal et le taoïsme, mon attrait le style et le courant minimalistes, mes recettes de grand-mère (sorcière) et ma conscience écolo… Mais peut-être que je ne suis juste pas habituée à avoir en moi autant d’harmonie et de justesse.

L’automne approche doucement. Les feuilles d’arbre se parent de couleurs chatoyantes. Beaucoup font leur rentrée, quelques uns sont partis en vacances (d’autres comme moi cherchent du travail). Pour l’instant, le mois de Septembre commence avec de grands nettoyages ; dans la maison, la garde-robe, les réseaux sociaux, les relations, le corps et l’âme.

Comment j’en suis arrivée là

Chez certaines personnes l’assurance semble innée. Souvent c’est une illusion. Chacun-e essaye de donner la meilleure image de soi-même, de sauver les apparences. Qu’on le veuille ou non quand nous avons peu d’estime pour nous, nous revêtissions tous un masque, un costume.
Longtemps j’ai cherché un manuel de « confiance en soi ». Bien sûr toute personne ayant appris à s’aimer vous dira qu’il n’y a pas de méthodes, que ça vient avec le temps, grâce au soutien de gens bienveillants. C’est vrai mais je crois qu’on peut aller plus loin.

pink cloudsPersonnellement, je n’ai jamais su comment on pouvait avoir ou prendre confiance en soi. Jusqu’à aujourd’hui.
J’ai commencé à vraiment prendre confiance en moi fin mars 2018, lorsque mon compagnon a rompu avec moi. J’ai alors été obligée d’aller vivre chez ma mère. J’ai beaucoup pleuré, j’étais très triste mais pas écroulée. J’ai recommencé à sortir avec mes ami-e-s et à aller à Paris, deux choses que je ne faisais plus depuis plusieurs années. J’ai même recommencé à photographier tout ce qui m’entourait et à me prendre en photo sous tous les angles. Maquillée, pas maquillée, nue, habillée, en sous-vêtements… Je crois que ça m’a aidé à découvrir mon corps à l’apprivoiser, le connaître et l’apprécier.
J’ai participé aux manifs de mai 2018 et pour la première fois dans ma vie je me suis sentie libre et vivante. C’est à ce moment là que j’ai compris mon erreur. J’avais chargé mon compagnon de me sauver et de m’aimer pour deux. Des missions aussi malsaines qu’impossibles. L’amour ce n’est pas avoir besoin de l’autre pour avancer mais avancer avec lui librement, sans attache ni contrainte. Cette vérité je l’ai expérimenté et appliqué à moi-même.
Au bout de seulement un mois j’ai réalisé que si je n’avais ni estime ni amour pour moi c’était parce que je ne me connaissais pas. J’étais une étrangère pour moi-même. Voilà pourquoi j’étais incapable de me sentir bien où que je sois ; j’ignorais qui j’étais. Pendant 26 ans j’ai été dans le flou me concernant. Normal que ma personnalité échappait aux autres, moi-même je n’arrivais pas à la percevoir. Faut dire qu’elle était sacrément bien cachée par la souffrance.


Comment j’ai su qui j’étais ? Vaste question et pourtant je suis maintenant en mesure d’y répondre très simplement. Je me suis laissée du temps. Je me suis laissée porter par mes influences, les ait décortiqué, retourné dans tous les sens. J’ai regardé beaucoup de vidéos sur Youtube, écouté des podcasts, lu des bouquins et des articles de blogs sur le bouddhisme, le zen, le taoïsme, le chamanisme, la confiance en soi, le lâcher-prise. La musique a également joué un rôle important. J’écoutais énormément de chansons qui donnent envie de sourire, de danser, de se relever et d’avancer. La plupart des artistes qui m’accompagnaient étaient des femmes ; Sia, Pink, Grimes, MIA, Mary J. Blige, Nina Simone.
Plus je trouvais ce que j’aimais moins je me comparais et culpabilisais. Petit à petit j’ai réussi à prendre conscience de tout ce que j’avais accompli. Ce qui était au départ source de souffrance est devenu mon étendard. J’avais affronté et vaincu mes démons, les fantômes de mes ancêtres, l’enfermement « thérapeutique ». J’avais survécu aux troubles du comportement alimentaires, à la dépression, à l’anxiété, donc il était hors de question qu’une histoire d’amour ou que cette société capitaliste me mette à terre. Je refusais de rechuter.

pink skyUn an s’est écoulé et depuis mon compagnon et moi sommes à nouveau ensemble, j’ai adopté un adorable gredin de chat siamois, été vendeuse dans un magasin de loisirs créatifs, je suis partie une semaine à Fuerteventura avec ma plus ancienne amie, j’ai tenté de faire une reconversion professionnelle et échoué mais j’ai jamais été aussi bien dans ma peau. Evidemment j’ai encore des coups de blues et le cerveau qui déraille de temps en temps. Je vois une psychiatre tous les mois, parfois plus si ça va pas. Je dois prendre deux gélules tous les jours sinon en quelques heures la dépression et l’anxiété prennent le dessus. Elles planent toujours autour de moi. Et je pense qu’elles seront avec moi jusqu’à mon dernier souffle.
Comme des marques indélébiles du passé, mes troubles psychiques sont des séquelles immuables, résultats d’un début passé à endurer, faire subir, se perdre. Grâce à des années de thérapie et à un traitement adapté la dépression et l’anxiété ne m’empêchent plus de vivre. Elles me rappellent que je dois rester vigilante, respecter mes limites, prendre soin de moi, ralentir, ne pas culpabiliser.